10h
Début du vote : Etes vous pour ou contre le blocage de l'université ?
Ah oui, parce qu'il faut rappeller que ça fait un mois que la fac est bloquée ou en "fermeture administrative"ce qui signifie a peu près la même chose puisque l'on a pas cours.
9h55
Est-ce que je vais jusqu'au Shopi et remplir mon frigo ?
Oui parce qu'avant d'aller voter, j'étais en pleine réflexion métaphysique sur ma capacité à survivre sans manger puisque depuis 2 jours, à ma seule volonté (ou paresse c'est au choix) j'arrive à me contenter de tomates, pommes et quelques pâtes "nature".
10h05
Me voici en route vers le shopi, je croise quelques camarades déjà aux aguets pour faire entendre leurs voix (enfin cest ce que je croyais en les voyant tous les uns sur les autres). Les bloqueurs expulsés de l'établissement veulent également se faire entendre, commencent à chanter quelque chose (dont je ne me rappelle pas vraiment car j'étais à ce moment là, je discutais avec mes "anciens" [ ça fait tellement longtemps qu'on ne s'est vus ] camarades de fac, comme je vous disais. Je ne pouvais donc décemment pas faire deux choses à la fois.)
Après quelques minutes, je réalise assez vite que ceux qui sont venus de bonne heure pensaient pouvoir repartir aussi tôt, malheureusement pour eux, le vote ne démarrait toujours pas.
10h45
Je sors de Shopi, mes quatres sachets en mains, les étudiants semblent encore plus nombreux qu'avant. La police également, une rangée de gendarmes avec boucliers bloque le passage, une ambulance est sur place : "m... j'ai du raté quelque chose".
J'essaye de me frayer un passage dans la foule, je suis bloqué par des policiers, qui avec mes sachets de tomates, yaourts et côtes de porc, m'ont semble t'il confondu avec un petit perturbateur gauchiste et nostalgique des grèves de mes ainés soixante-huitards. Tout se passe a peu près comme ça :
- Non Mr, vous ne pouvez pas passer c'est bloqué (policier)
- Ecoutez, j'habite juste à côté, je viens de faire mes courses (moi)
-Ou est-ce que vous voulez aller ? C'est bloqué je vous dis
-J'habite un peu plus haut, pas loin de la fac, je sors du shopi
-Ben alors, faites le tour (nb : ce qui signifie marchez encore 5 kilomètres)
-Vous avez une carte d'identité ? (autre policier, que l'on appelera "le blond" pour des soucis de compréhension)
Vous habitez où ?
N'ayant rien écouté de la conversation, il me repose la même question.
- Oui bien sur, (heureusement qu'aujourd'hui j'avais égaré ma carte bleue ce qui m'a forcé à prendre mon chéquier et donc emporter ma carte d'identité).
J'habite plus haut, c'est marqué sur la carte. (en fait non mais bon..)
- Quelle résidence ? -J'habite à l'avenue de montferrand
- Quelle avenue ? Parc de montferrand, Résidence Parc de montferrand.
Après des réponses aussi claires, je comprend qu'il ait insisté pour examiner ma carte d'identité.
Et puis une jeune fille,blanche (la précision me semble importante) qui a semble t'il assisté à toute la scène lance au policier :
- C'est bien ça, dès qu'on est noir, on vous laisse pas passer !
[Oui Mr, parce qu'il faisait encore beau temps, et que je n'avais pas encore perdu mon teint naturel 8-p ]
Le premier policier (pas le blond) ne goutant pas sa petite provocation lui répond aussi sec :
- Alors toi, ta gueule ! Et s'il y en a bien une qui ne passera pas, ce sera toi !
Les amabilités commençant à s'échanger, je profite de ce petit relâchement pour rejoindre mon petit chez moi.
11h15
Je ressors pour aller voter, non sans remarquer les SEPT fourgons de police garés devant la résidence. Le vote se passe sans encombre, petit isoloir, petite dame qui nous fait la gueule devant l'urne et qui ne manque pas de crier "a voté"...comme en vrai !
En tout cas, j'avais trop faim pour savoir ce qui allait se passer ensuite, je suis allé m'acheter quelques croissants si vous voulez tout savoir, et j'attends la publication des résultats du vote, qui aura été extrèmement long à venir, mais qui je l'espère va nous permettre de sauver l'année.
Un jour indéterminé
79% des votants veulent la réouverture de l'Université, les cours reprennent la semaine suivante. Tout est bien qui finit bien, finalement...